Morceaux de Paris (1).

20/02/2015.

La course du TGV ralentit, les champs font place aux maisonnettes de banlieue, puis aux barres d’immeubles, de celles que l’on construit autour des lignes de train. Le wagon semble s’étirer, il prend vie peu à peu alors que la voix familière du capitaine de bord annonce l’arrivée imminente à la gare de Lyon. Le premier pas sur l’asphalte parisienne. Déjà, on se précipite, filant, valise en main, vers le dernier métro, le dernier RER, la correspondance limite, tout juste, le risque de prendre le dernier train, celui qui arrive à minuit et demi. À quelques minutes près, c’est la citrouille, ou le taxi. Au bout du quai, quelques courageux sont venus accueillir leurs proches. Seuls, bonnets vissés sur la tête, dressés comme des I, cherchant du regard celui ou celle qu’ils sont sur le point de retrouver. Les grandes verrières, symbole du Paris de la fin du XIXème siècle, accueillent le visiteur sous la nuit noire. Magasins fermés, l’édifice émet son dernier souffle avant de fermer ses portes pour la nuit.

J’ajuste mon sac à dos et je sors de la gare. Il existe une atmosphère sourde, calme et voluptueuse dans le Paris du dimanche soir. Comme une coulée de lave dont la surface aurait durci au contact de l’air frais. Calme, silencieux, mais brûlant d’énergie au-dessous. Les familles savourent leurs derniers moments de week-end derrière les rideaux des fenêtres. D’autres voyageurs retardataires promènent leurs valises dans les rues désertes. Quelques courageux se baladent le nez en l’air, cigarette en main, chien en laisse. Le calme avant la tempête. Une bulle de temps suspendu sur la Ville Lumière. Je respire, je me laisse porter.

L’appartement aussi semble suspendu entre deux eaux. Prêt à accueillir la routine du lundi matin, mais pas tout à fait éveillé, rideaux fermés, radiateurs éteints. Il est temps de reprendre possession des lieux, se délasser de la fraîcheur de l’hiver, se délester des restes du week-end: vêtements en machine, sac à dos rangé, produits de beauté en salle de bains. La sensation douce de la peau nue sous la couette bien fraîche m’enveloppe dans le royaume des rêves, alors que l’obscurité de la nuit profonde murmure la promesse d’une nouvelle semaine bien remplie.

— in Chroniques Ordinaires, le 20 février 2015.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *