L’amant

La femme jeta un œil à sa fine montre dorée. Dix-huit heures. Il était temps d’y aller. Elle pourrait « travailler tard » jusqu’à vingt heures, et être de retour à la maison avant vingt-et-une heures. Elle ferma sa session d’ordinateur, saisit sa veste, salua ses collègues et quitta son lieu de travail.

Au pied de l’immeuble, elle fut accueillie par un tourbillon de travailleurs fatigués et de consommateurs éteints qui se précipitaient vers le centre commercial des quatre temps. Elle tourna les talons vers l’hôtel, salua le réceptionniste et demanda la chambre 312.

Cinq minutes plus tard, son amant la rejoignit. Il desserra sa cravate et posa son téléphone sur la table de nuit.

La rencontre aurait pu être comme toutes les autres ce jour-là. Mais le mari de la femme adultère gardait contact avec d’anciens collègues qui travaillaient à la Défense. Et l’un d’entre eux avait aperçu sa femme entrer dans l’hôtel, ce jour-là à 18h10. Il ne précisa pas ce qu’il faisait dans le hall de l’Ibis un mardi après les heures de travail. Mais, à 19h02, le mari frappa à la porte de la chambre 312.

Pendant ce temps, à l’autre bout de la ville, les inspecteurs de la criminelle s’ennuyaient ferme. Ce jour-là, ils auraient pu recevoir un appel de l’hôtel Ibis de la Défense, à propos d’un couple sauvagement assassiné dans la chambre 312.

Mais il n’en fut rien. Le mari ne se laissa pas envahir par une rage folle. Il se contenta de quitter les lieux et d’attendre sa femme, comme tous les jours, à la maison.

L’histoire ne dit pas au bout de combien de temps le couple finit par divorcer. Mais ce soir-là, la routine des inspecteurs de la criminelle ne fut pas perturbée. Chacun put rentrer à la maison à temps pour le dîner. Sauf pour celui qui appela sa femme parce qu’il « travaillait tard ».

(52 micronouvelles en 2018 – 13/52 – série : élément déclencheur)

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