Choisir de bien vieillir, savourer la quarantaine & recommandations de lectures SFFF avec des héroïnes quarantenaires.

17.03.2026

La semaine dernière, j’ai eu quarante ans.

C’est un âge qui porte à l’introspection : une étape, un changement de décennie, ce cap où nous ne sommes décidément plus des jeunes, mais nous n’entrons pas encore dans l’âge mûr.

C’est un âge où je me reconnais encore dans le miroir, même si je repère cette première ride entre les yeux, ce petit creux au coin de la bouche, ces taches de soleil sur mon cou.

C’est aussi un âge où j’ai complété toutes les étapes que je souhaitais atteindre quand je suis entrée dans la vie d’adulte : le diplôme, le stage, le premier emploi, le développement de la carrière côté professionnel ; l’amoureux, le premier achat immobilier, le mariage et l’enfant côté personnel.

Maintenant que je suis arrivée à la quarantaine, je comprends mieux pourquoi tant de personnes en font une crise existentielle : puisque j’ai tout coché, maintenant quoi ?

Au sommaire de cet article :

  • Choisir de bien vieillir
  • Le rapport au corps et à la beauté
  • Pourquoi je savoure la quarantaine
  • Quelques lectures SFFF avec des héroïnes d’âge moyen
  • Crise existentielle et vulnérabilité humaine

Choisir de bien vieillir

Tout ceci, c’est sans compter l’injonction de jeunesse et de beauté que nous vivons au quotidien, surtout pour les femmes.

Connaissez-vous beaucoup d’actrices au-delà de quarante ans qui tiennent des rôles principaux de séries ou de films, sans être réduites au rôle de la mère, la tante ou autre figurante ?

Il en existe de plus en plus de nos jours, heureusement, mais force est de constater que dans la fiction, si les hommes tiennent le haut de l’affiche jusqu’à un âge avancé, la femme de plus de quarante ans devient de plus en plus invisible à mesure qu’elle vieillit.

Et celles que nous voyons toujours dans les média ont su rester minces, jolies, avec une teinture sur les cheveux blancs (et parfois un bon lifting) pour bien cacher les signes de l’âge.

Comme diraient les anglophones, fuck this.

J’ai quarante ans, je suis petite et ronde, et je n’ai jamais été aussi bien dans ma peau qu’aujourd’hui.

Le rapport au corps et à la beauté

Je choisis d’aborder la beauté (cosmétiques etc.) comme des outils pour prendre soin de mon corps et m’offrir des moments de plaisir, plutôt que pour paraître plus jeune plus longtemps et “combattre les signes de l’âge”.

Quant à mes courbes de femme qui a vécu des événements (comme le burn-out) et donné naissance à un enfant, j’ai choisi non seulement de les accueillir sans jugement, mais de les trouver belles.

Après la naissance de mon bébé, mes hanches se sont élargies, mon ventre s’est arrondi et une nouvelle harmonie s’est créée de mes hanches vers ma taille, désormais plus marquée.

Ma silhouette me rappelle les sculptures classiques présentées notamment au musée d’Orsay et je trouve mon corps harmonieux et féminin, quelles que soient les injonctions de beauté que nous montrent les magazines, séries, sites de mode et autres réseaux sociaux.

“Femme piquée par un serpent”, sculpture exposée au musée d’Orsay.

De manière générale, j’aborde la santé physique comme un cadeau fait à mon moi futur : je préserve et cultive le corps dans lequel je vis, parce qu’il fait partie de moi et que je m’aime toute entière, mais aussi pour bien vieillir, en aussi bonne santé que possible, aussi longtemps que possible.

L’objectif n’est ni esthétique (m’amincir par exemple), ni “anti-vieillissement”.

Au contraire, toutes ces entreprises, ces pubs et autres qui cherchent à jouer sur mes insécurités de femme vieillissante pour me vendre des tas de produits aux promesses plus ou moins farfelues… fuck this.

Si le sujet vous intéresse, je trouve que Mona Chollet l’aborde avec beaucoup de justesse dans le livre Beautés Fatales, les nouveaux visages de l’aliénation féminine.

Cela étant dit, cela ne m’empêche pas d’aimer porter de jolis vêtements, mettre une crème parfumée sur les mains ou assortir mes bijoux du jour quand je me prépare.

Décider d’accueillir la maturation de mon corps et de voir ces signes de l’âge comme autant de témoins de mon expérience de vie, une forme de beauté du temps qui passe (comme le propose la philosophie japonaise wabi-sabi) ne signifie pas que je rejette tout soin apporté à mon apparence.

Sur ce sujet, je suis d’avis que chacun.e fait bien ce qu’on veut, en fonction de ses goûts et préférences. L’important pour moi est que mes choix soient motivés par mon intention propre et non par des injonctions marketing ou sociales.

Arc-en-ciel sur la ville d’Issoire, mars 2026, par Florie Vine.

Pourquoi je savoure la quarantaine

À vingt ans, je vivais à l’autre bout du monde en échange universitaire, à Tôkyô. Même si j’ai adoré cette expérience, je découvrais alors que je ne souhaitais pas passer ma vie au Japon et je me demandais que faire de mon avenir.

À trente ans, après avoir complété un master de communication, suivi d’un stage, CDD et CDI, j’entrais en burnout et je prenais conscience que de cocher toutes les cases pour être la bonne élève de la société non seulement ne me rendait pas heureuse, mais cela me détruisait la santé physique et mentale.

À quarante ans, je ne me suis jamais sentie aussi bien dans ma vie.

J’ai eu le temps d’expérimenter, de vivre, de constater ce qui me convenait ou non, de mieux me connaître et de diriger ma vie dans une direction qui m’épanouit.

Sachant que je suis neuro-divergente (un élément dont je n’ai pris conscience qu’à la fin de ma trentaine, soit dit en passant, puisque c’était masqué par mon dépistage HPI quand j’étais enfant), je suis assez fière de la Florie passée d’avoir non seulement construit une vie où je fonctionne, mais qui me rend heureuse.

J’ai fait la paix avec mon corps (et appris à dire merde aux injonctions de beauté et de jeunesse, comme développé ci-dessus), mais aussi avec mon esprit, mes émotions et la personne que je suis dans son entièreté, avec mes qualités mais aussi mes vulnérabilités, mes spécificités et tout ce qui me rend atypique.

J’ai gagné un niveau de confiance, à la fois dans le sens confiance en moi (confidence en anglais), et confiance (trust en anglais) en ma capacité de traverser les futures difficultés, apprendre les compétences qui me manquent et avancer. Je fais confiance à mes intuitions, à mes jugements, je sais ce que j’aime, ce dont j’ai besoin et ce qui est bon pour moi.

Je suis beaucoup plus lucide sur mes limites, mais aussi les réalités de ce monde. J’ai beaucoup d’affection pour la Florie de 24 ans et sa naïveté, mais je me fais beaucoup moins d’illusions, ce qui me permet, paradoxalement, de prendre des décisions de manière plus sereine.

C’est d’ailleurs pour cette raison que j’aime lire les livres de fiction qui mettent en scène des personnages principaux plus âgés. Au lieu de se chercher et de découvrir la vie d’adulte, ces personnages ont déjà vécu, des expériences pas toujours faciles mais formatrices.

J’ignore si c’est à cause de mon âge ou si je n’avais jamais lu de tels livres auparavant (le Young Adult est quand même beaucoup plus répandu en fiction de l’imaginaire), mais je trouve beaucoup plus agréable de suivre les aventures d’une personne experte dans son domaine, qui fait appel à ses connexions, qui agit de manière confiante et ancrée, même si un personnage réussi ne manque pas de vulnérabilités.

Quelques lectures SFFF avec des héroïnes d’âge moyen

Ce qui m’amène à la partie recommandations culturelles de cet article : pour faire la lumière sur des femmes d’un âge souvent oublié par la fiction et vous partager quelques lectures que j’ai appréciées ces dernières années avec des personnages plus matures, voici quelques lectures de l’imaginaire avec des héroïnes de plus de 40 ans.

Les aventures d’Amina al Sirafi, par Shannon Chakraborty.

Un livre de fantasy historique qui se passe dans l’océan indien au XIIIème siècle, avec une héroïne quarantenaire, ancienne capitaine de navire qui a pris sa retraite dix ans auparavant pour élever sa fille. Quand une femme riche et puissante la recrute pour retrouver sa petite-fille disparue, elle doit rassembler son ancien équipage reprendre la mer.

S’ensuit une aventure qui se mêle à des éléments de fantasy avec des créatures fantastiques et des endroits imaginaires. J’ai vu qu’un tome 2 était sorti en anglais l’année dernière, que j’ai prévu de lire cet été…

The Inheritance, par Ilona Andrews.

Une novella devenue roman que mon couple préféré d’écrivains d’Urban Fantasy a publié sur son blog l’année dernière, avant de l’auto-publier. J’espère qu’un éditeur français leur achètera les droits, si ce n’est pas encore fait.

Dans cette histoire, la Terre se retrouve en guerre contre un ennemi mystérieux qui ouvre des Brèches partout autour du monde, d’où sortent des monstres dévastateurs. Dix ans plus tard, la société s’est adaptée, certaines personnes ont développé des Talents et des guildes se sont formées pour refermer ces Brèches avant l’arrivée des monstres.

L’héroïne, Adaline, est quarantenaire et mère de deux enfants. Abandonnée par son ex-mari au début de la guerre, elle a développé un Talent et fait partie des équipes qui entrent dans les Brèches pour miner des minéraux rares nécessaires à cette guerre. Mais cette fois-ci, elle se retrouve coincée à l’intérieur de la Brèche… J’ai adoré la force de caractère et la détermination de cette mère dont la vie a été bouleversée, qui s’est retrouvée seule avec deux gosses et qui a persévéré face à l’adversité.

Comme c’est Ilona Andrews, il y a plein d’action, de combats et d’aventures cool, mais qui arrivent à une femme quarantenaire et ça, c’est quand même extra.

La série Magnetic Magic, par Lindsay Buroker.

Je crois que certaines de ses séries sont traduites en français, donc celle-ci suivra peut-être. Dans cette série d’Urban Fantasy de 5 tomes, l’héroïne, Luna, est une louve garou de 45 ans, qui a deux enfants adultes et un ex-mari qui a filé avec les économies de la famille. Après avoir pris des suppressants toute sa vie pour éviter de se changer en louve, elle se retrouve embarquée dans une histoire de loups garou, qui inclut un charmant monsieur cinquantenaire qui porte bien son âge.

Elle doit alors se réapproprier sa nature lupine tout en protégeant sa vie, son travail et sa meute. C’est une série d’aventure assez légère, qui se lit vite, et j’ai trouvé que ça changeait de toutes ces héroïnes d’Urban Fantasy dans leur début de vingtaine.

La duologie de fantasy Corbeau, par Patricia Briggs.

Je l’avais lue sous forme d’intégrale il y a plus de 10 ans, et j’avais été marquée par le fait que l’héroïne soit une épouse et mère de trois enfants à peu près d’âge adolescent si je me souviens bien. Je ne suis pas sûre qu’elle soit quarantenaire, vu que les gens enfantent plus tôt dans ce type d’univers, mais c’est tout à fait le genre de femme habituellement mise de côté dans les histoires de fiction. Il lui arrive plein d’aventures, elle est soutenue par sa famille et j’ai adoré ma lecture.

Si vous en avez d’autres à me recommander, n’hésitez pas à me le dire !

La vallée des Saints, mars 2026, par Florie Vine.

Crise existentielle et vulnérabilité humaine

Avant de terminer cet article, je souhaitais quand même souligner que tout n’est pas parfait à cet âge, comme à aucun autre par ailleurs.

L’expérience humaine est faite de contrastes, d’émotions agréables et pénibles, de moment de vie merveilleux et difficiles.

Je ne souhaite pas, avec cet article, donner l’impression d’être une quarantenaire parfaite qui n’a aucun problème dans sa vie.

Arriver à la quarantaine, surtout en étant devenue maman récemment, c’est commencer à prendre conscience de la finitude de la vie. C’est se poser des questions sur ce qui est vraiment important, sur les regrets que l’on a déjà et ceux que l’on ne souhaite pas créer dans la deuxième moitié de sa vie.

Curieusement, j’ai trouvé que cet âge appelle à la fois à penser à la fin de notre vie, mais aussi à notre enfance et aux blessures de notre passé. J’ignore si c’est lié à l’âge ou à la maternité, mais je traverse des émotions intimement liées à mes jeunes années, les frustrations et les expériences parfois traumatisantes que j’ai longtemps enfouies et qui ressortent maintenant.

Ce n’est pas pour rien que l’on parle de “crise de la quarantaine”, à cet âge charnière où nous ne sommes plus jeunes, mais pas encore vieux, où les responsabilités de l’âge adulte se portent à la fois sur nos aînés et nos enfants, où la question de ce qui est digne de notre attention se porte de façon plus aiguë que jamais, et où des émotions profondes, difficiles à réguler, peuvent refaire surface, même lorsque l’on est, ou a été, accompagné par des professionnels de santé.

Peut-être que la quarantaine, c’est l’âge de faire la paix avec l’enfant que l’on a été, avec nos propres parents, mais aussi avec les personnes âgées que nous serons, si nous avons la chance de vivre jusqu’à notre prochain plus bel âge.

En conclusion…

Nous arrivons à la fin de cet article inspiré par mon passage à la quarantaine, que j’ai écrit au fil des jours depuis mon anniversaire la semaine dernière. Il me paraissait intéressant de partager mon ressenti autour de cet âge charnière.

Que vous soyez plus jeune ou que vous ayez déjà passé la quarantaine, récemment ou pas, j’espère que vous en avez apprécié la lecture. N’hésitez pas à partager ce que vous pensez de tous ces sujets en commentaire sous cet article ou sur le salon Discord de Café aux étoiles (ma maison d’édition).

En attendant, je vous remercie d’avoir lu cet article jusqu’au bout et je vous dis à la prochaine,

Florie 🎂

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