… Ou pourquoi je suis une artiste peu joignable.

Tout a commencé par un blog, en 2007. J’ai ouvert mon petit espace public sur blogspot, tout juste racheté par Google, pour partager mes chroniques de voyage lors de mon année d’études au Japon. J’ignorais alors que ce premier blog, ouvert par simple loisir, serait la première pierre vers une carrière d’artiste indépendante.

Depuis, j’ai pris énormément de plaisir à expérimenter, créer des contenus pour vous, explorer diverses lignes éditoriales au gré de mes évolutions personnelles et même divers média, alors que je me suis mise au podcast en 2017 et à la vidéo en 2018.

Treize ans après l’ouverture de mon tout premier blog, ma présence en ligne fait partie intégrante de ma vie d’artiste indépendante. Pour vous apporter du contenu gratuit, pour entrer en lien avec vous, pour vous proposer mes créations sans intermédiaire ni permission extérieure.

Mais si ces canaux de communication occupent une belle part de mon quotidien d’indépendante, j’ai aussi remarqué à quel point les nouvelles technologies se sont infiltrées dans mon quotidien personnel ces dernières années.

Alors que mes réflexions sur le slow et le minimalisme numérique poursuivent leur cours, j’ai décidé, ce mois-ci, de remettre de l’intention dans ma manière de communiquer, à la fois en ligne et hors ligne.

Si je partage ma démarche avec vous aujourd’hui, c’est à la fois pour vous expliquer ma nouvelle approche en tant qu’artiste, mais aussi pour vous inviter à explorer cette question dans votre vie, si le cœur vous en dit.

Communiquer dans le monde moderne.

Aujourd’hui, la communication en ligne fait partie intégrante de nos vies personnelles et professionnelles, pour la plupart d’entre nous. Tout le monde ou presque possède (au moins) une adresse e-mail, qui est devenu le mode de communication par défaut dans la plupart des métiers de bureau.

Une majorité d’entre nous portons un téléphone dans notre poche, capable d’envoyer et recevoir des messages, de se connecter sur diverses app de messagerie instantanée, mais aussi aux flux des réseaux commerciaux, avec leurs commentaires et leurs boîtes de réception privées.

Je suis en train de revoir les séries Buffy contre les vampires et Angel en ce moment — qui se sont tenues entre 1997 et 2003, une époque où les PC portables et les téléphones mobiles sont peu à peu entrés dans notre quotidien. Et ça m’a rappelé à quel point ce qui nous paraît évident aujourd’hui n’existait pas dans notre quotidien il y a vingt ans.

Il y a vingt ans, pour se donner rendez-vous, il fallait téléphoner sur une ligne fixe, laisser un message si la personne n’était pas chez elle. Du coup, impossible de prévenir en dernière minute pour les urgences. On a eu une courte époque de bipeurs qui permettaient un semblant de communication instantanée, mais au final, la communication était beaucoup plus lente que maintenant.

On n’avait pas accès à notre boîte e-mail à chaque minute sur notre téléphone portable. Les réseaux commerciaux n’existaient pas. On commençait à peine à trouver des normes sociales autour des SMS et des e-mails.

Mais aujourd’hui, nous sommes sollicités de partout.

J’ai au moins quatre app de messagerie différentes sur mon téléphone, plus les commentaires et messages privés sur les réseaux commerciaux, plus les différentes adresses e-mail, plus les messageries instantanées type Slack et Discord, dont même Cal Newport ne parlait pas encore dans son livre Deep Work.

La norme sociale de la disponibilité permanente.

Ce qui m’a incité à cette réflexion, c’est la prise de conscience que non seulement nous sommes sollicités de partout, mais en plus, il est attendu de nous une réponse de plus en plus immédiate.

Il faut être joignable partout, tout le temps.

Au diable les interruptions en pleine plage de concentration. Au diable nos propres priorités et notre propre emploi du temps.

Il y a un peu moins de vingt ans, je me souviens d’une conversation avec un copain. Nous étions tous les deux ados, en possession d’un téléphone portable pas encore intelligent, mais qui était déjà bien capable de recevoir des appels et des SMS. Je lui expliquais que j’éteignais mon téléphone la nuit pour ne pas être dérangée, et il m’avait répliqué : « mais si c’est une urgence? »

À l’époque, l’idée me paraissait délirante. Si c’est une urgence, la personne peut appeler la police ou les pompiers, non ?

Mais aujourd’hui, il est attendu de pouvoir répondre, de manière personnelle et professionnelle, à toute heure de la journée, de la soirée, et peut-être même de la nuit pour certains.

Comme le souligne Cal Newport dans son livre Deep Work, il existe une sorte de norme sociale tacite autour de l’e-mail, qui stipulerait que tout e-mail envoyé mérite une réponse (et même rapidement, selon les principes de certaines personnes).

Et ce n’est pas le cas que de l’e-mail. Ces modes de communication restent récents. Il n’existe pas encore réellement de limites ou de règles de politesse autour de ces canaux : puisque nous avons accès aux autres instantanément, nous avons fini par attendre une réponse systématique, et aussi rapide que possible, à nos messages.

Résultat ? Ces moyens de communication ont beau être beaucoup plus rapides et faciles que les lettres d’antan, ils nous prennent beaucoup plus de temps et de charge mentale qu’autrefois.

Remettre de l’intention dans nos modes de communication.

Le principe de l’intentionnalité en général, c’est de sortir de nos comportements par défaut pour prendre du recul et choisir, avec intention, comment nous décidons d’agir dans diverses situations.

Aujourd’hui, j’ai envie de vous proposer de remettre de l’intention dans nos modes de communication personnels et professionnels.

La marge de manœuvre n’est peut-être pas la même en fonction du canal et des règles sociales qui l’entourent, mais je suis persuadée que beaucoup d’entre nous subissent tous ces canaux de communication alors que nous disposons d’une marge de manœuvre pour reprendre un peu de contrôle sur notre temps et sur la qualité des liens que nous tissons avec les autres.

Trop de communication tue la communication.

Je ne sais pas pour vous, mais personnellement, quand je regarde la qualité de mes échanges personnels, je trouve qu’elle a bien chuté ces dernières années.

Je me contente d’un « like » sur une photo Instagram de mon amie au lieu de prendre le temps de l’appeler ou de lui envoyer un message personnalisé pour avoir de ses nouvelles.

À force d’être submergés par toutes les communications entrantes et par l’injonction de répondre à tout le monde le plus vite possible, c’est la qualité du lien qui en pâtit. C’est bien plus facile de cliquer sur le bouton j’aime ou de répondre un petit smiley que de réellement prendre du temps pour créer un lien de qualité.

Et c’est peut-être parce que je suis introvertie et que je préfère peu de liens plus profonds, mais cette superficialité de la communication moderne ne m’apporte aucune satisfaction.

Alors j’ai décidé, aussi bien dans ma vie personnelle que professionnelle, de reprendre le contrôle sur mes canaux de communication.

Pour perdre moins de temps avec des échanges superficiels, pour consacrer mon attention d’un côté à des échanges profonds avec mes proches et de l’autre à des contenus qui apporteront de la valeur.

Mon intention d’artiste.

Ou pourquoi j’ai délibérément choisi d’être peu joignable.

Ces derniers mois, depuis que je m’intéresse au minimalisme numérique, j’ai commencé à poser des règles et des limites à ma manière d’aborder les réseaux commerciaux et, par extension, de communiquer.

Passer mon temps sur ce qui importe vraiment.

Vous êtes-vous déjà demandé combien de temps vous passez chaque semaine, chaque jour, à répondre à des e-mails, des messages instantanés, des messages privés ou encore des commentaires sur les divers réseaux commerciaux ?

Moi, oui.

En travaillant dans la communication et avec une carrière d’artiste essentiellement en ligne, lorsque j’ai fait le point, tenir les canaux de communication à jour s’est trouvé en haut de la liste de ce qui me fait perdre mon temps.

Or, comme le souligne très bien l’auteur Neal Stephenson dans un article sur le sujet (en anglais), tout ce temps passé à répondre à des e-mails et autres messages instantanés, j’aurais pu le passer à vous concocter des podcasts, des vidéos, des aquarelles ou des nouvelles pour la collection Café Litté.

Et qu’est-ce qui importe le plus pour moi en tant qu’artiste et être humain en général ?

Répondre à mille e-mails individuels ou écrire un texte de fiction qui permet à tous les lecteurs et lectrices de s’évader et de passer un bon moment ? Vider ma boîte de DM Instagram ou enregistrer un nouveau podcast pour tous les auditeurs et auditrices ? Participer à des conversations énervées sur Twitter ou passer un coup de téléphone à mes parents?

Je ne sais pas pour vous, mais en ce qui me concerne, la question, elle est vite répondue.

J’ai donc décidé d’être une artiste peu joignable individuellement, mais qui concocte plein de créations pour vous apporter un maximum de valeur.

Tisser du lien.

Remettre de l’intention dans ma communication ne signifie pas que je vais revendre mon téléphone intelligent, fermer toutes mes boîtes e-mail et m’isoler dans un chalet à la montagne (même si présentement, j’en ai très envie).

J’ai envie de tisser un lien de qualité avec vous, mon audience.

Et je suis toujours ravie de lire vos petits messages de soutien, vos questions et vos témoignages lorsque mes contenus vous touchent.

Mais je me rends compte que ce qui vous apporte le plus de valeur, c’est précisément mes créations d’artiste : mes articles longs, mes livres numériques, mes podcasts, vidéos, illustrations, fiches PDF et plus encore.

Et aujourd’hui, tant d’idées réclamées par beaucoup d’entre vous vivent dans ma tête, pendant que mes mains tapent des e-mails, des commentaires et des messages privés…

Alors en 2021, j’ai envie de vous apporter toutes ces créations qui brûlent de sortir de mon imagination pour faire leur entrée dans le monde réel. Et l’un des moyens de trouver le temps de le faire, c’est d’être beaucoup plus sélective avec ma manière de communiquer.

Quelques règles personnelles.

Bien sûr, je garde quand même le canal de communication ouvert avec vous, mais avec quelques règles.

Je vous les partage ici pour vous informer si jamais vous souhaitez me contacter, mais aussi et surtout si vous réfléchissez à votre communication et que vous avez besoin d’inspiration…

  • Le canal principal pour prendre contact avec moi de manière individuelle, c’est l’e-mail. Je préfère tout réunir sur le même canal, et l’e-mail permet des réponses plus construites qu’une boîte à commentaires et un clavier virtuel de téléphone portable.
  • Cela étant dit, je fais le choix de ne pas répondre à chaque e-mail que je reçois, quoi qu’en dise la norme sociale. J’ai posé un cadre, que vous pouvez découvrir sur ma nouvelle page contact. Ça me permet de limiter le temps que je passe à traiter mes e-mails pour le consacrer à la création de contenu et artistique à la place.
  • En termes de réseaux commerciaux, je ne suis présente pour lire les commentaires que sur Instagram et YouTube. Je lis tous les commentaires sur ces deux plateformes, mais je ne réponds pas à tout le monde, puisque je m’accorde une plage de temps définie chaque semaine pour traiter ces communications. Une fois le temps écoulé, je ferme la page, même si je n’ai pas pu répondre.
  • Lorsque vous me posez des questions qui méritent une réponse en profondeur, je les note pour créer des contenus futurs qui bénéficieront à toutes et tous.
  • La seule boîte de messages privés que je regarde, c’est celle d’Instagram, où je ne réponds qu’aux échanges personnels avec vous. Les demandes d’ordre professionnel ne sont traitées que via e-mail.

En 2021, je compte être une artiste moins joignable mais plus prolifique en œuvres créatives. Et vous, quel genre de correspondant.e avez-vous envie de devenir en 2021 ?

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