Mon parcours d’artiste jusque là

Comme souvent en saison estivale, j’ai été invitée à un mariage ce mois de juillet. J’ai rencontré de nouvelles personnes, qui, invariablement, m’ont posé la question fatidique : « que faites-vous dans la vie? »

Maintenant que j’ai fait mon coming out d’artiste, j’ai osé leur parler de mes activités d’écrivaine de SF optimiste et polar cosy, d’artiste, illustratrice et poétesse, et même de voyage créatif et de podcasts.

Je m’attendais à des réactions sceptiques au mieux, ou à des questions sur mon « vrai » travail, mais il n’en fut rien.

À ma grande surprise, la majorité de mes interlocuteurs ont réagi avec enthousiasme. Ils m’ont posé des questions sur mon parcours, comment j’en étais arrivée là, l’origine des idées et des projets que je développe…

J’en ai tiré deux conclusions : petit un, monsieur Imper (le syndrome de l’imposteur) est toujours là à me dire que mes histoires n’intéressent personne (mais il a tort), et petit deux, mon parcours d’artiste indépendante attise davantage de curiosité que je ne le pensais.

C’est logique, quand j’y pense. Moi-même, je tire une immense source d’inspiration du parcours des personnes que j’admire. Lorsqu’Elizabeth Gilbert parle de ses débuts dans l’écriture dans son livre Big Magic (Comme par magie), ça m’a rassurée sur le fait que je pouvais recevoir des lettres de refus et continuer à écrire malgré tout.

 Lorsque l’auteur de SF Alain Damasio a partagé son parcours lors d’une conférence donnée dans mon entreprise de l’époque, j’en suis ressortie avec un sentiment de possible, l’idée que le métier d’écrivain auquel j’aspirais tant était un peu moins inatteignable que je ne le pensais.

Les personnes qui m’inspirent aujourd’hui viennent de toutes sortes d’horizons : des écrivains publiés, des artistes qui osent consacrer du temps à leurs créations, des artisans et entrepreneurs qui montent leur petit projet…

À chaque fois, j’approche leurs activités avec curiosité pour comprendre ce qui m’inspire dans leur démarche, des idées pour mon chaudron des possibles. Et à chaque fois que je découvre une nouvelle personne qui m’inspire (récemment, Marie) je me demande comment elle en est arrivée là.

D’autres personnes s’inspirent peut-être de ces parcours. Aujourd’hui, j’ai décidé d’ajouter modestement à ce puits d’inspirations possibles en partageant le parcours qui m’a menée à devenir une artiste plurielle et indépendante.

Premiers pas créatifs…

Le premier souvenir d’écriture que j’ai, c’était dans notre maison de campagne. Je devais avoir trois ou quatre ans, et mes parents avaient installé un petit bureau d’écolier sous l’escalier. Je me souviens m’y être installée, avec une feuille et un crayon, pour dessiner des boucles. Je ne savais pas encore écrire, mais j’en avais déjà envie.

À six ans, j’ai écrit mon premier “livre dont vous êtes le héros”. Il comportait trois feuilles A4 pliées en deux et il fallait s’échapper de mon immeuble. J’avais utilisé une chute de papier peint en guise de couverture, et je me souviens que dans la mauvaise fin, on finissait mangé par un poulpe géant dans la cave.

À douze ans, nous sommes partis deux semaines en vacances en Espagne avec mon père et ma sœur. Là-bas, j’ai écrit mon premier polar, avec une enquêtrice travaillant pour une compagnie d’assurances venue vérifier s’il n’y avait pas fraude à l’assurance-vie, avec un meurtre et une sombre histoire de changement d’heure en guise d’alibi.

Pendant mon adolescence, j’ai pris des cours de dessins, découvert le jeu de rôle et décidé de créer tout un univers de fantasy, avec une planète entière, plusieurs espèces et civilisations, et dix mille ans d’histoire. J’avais même créé des règles pour en faire un jeu de rôle maison – et j’avais dessiné des personnages, des cartes et des lieux.

J’avais commencé un roman, malheureusement jamais terminé. Mais je me souviens que la fin était affreuse : l’héroïne finissait dans un mariage politique avec le pays adverse et se suicidait dans un lac glacial. Je suppose qu’on aime le drame, à seize ans.

De l’oubli progressif…

À vingt ans, je suis partie en voyage d’études au Japon. Je n’écrivais plus de fiction, mais j’avais commencé à dessiner des scènes de vie et j’ai ouvert un blog de voyage pour mes proches.

Malheureusement, le retour à la réalité fut difficile : avec un master de japonais en France et le peu de postes d’enseignant-chercheurs disponibles, il fallait soit retourner vivre au Japon (non merci), soit trouver autre chose.

C’est l’époque des choix rationnels – j’ai intégré un master de management et communication, fait un stage de fin d’étude, fini dans un open space.

Au moins, j’étais dans le milieu du jeu vidéo. Et ça, c’était chouette.

… au retour de la voix intérieure

C’est aussi à ce moment-là que j’ai commencé à remettre en question mes activités quotidiennes (beaucoup de shopping le week-end par exemple) et à simplifier ma vie. De fil en aiguille, j’ai appris à ôter le superflu et faire la place à l’essentiel dans ma vie.

C’est là que les projets artistiques ont refait surface. J’ai retrouvé une table de jeu de rôle parmi mes collègues dans mon nouvel emploi à Paris, recommencé à dessiner… Et j’ai repris l’écriture.

C’était en 2013, et le projet s’appelait Meurtre à l’Ancienne. Comme les apprentis peintres qui copient des tableaux de maîtres, j’ai fait de la copie d’Agatha Christie avec ce projet. 1932, un détective un peu facétieux et un voyage transatlantique avec un cadavre en cadeau.

C’était aussi ma toute première histoire terminée et lue par d’autres personnes. Si vous avez envie de voir à quoi ressemble un premier roman, l’histoire est aujourd’hui disponible à la lecture sur Wattpad.

Cette petite histoire m’a apporté deux choses : le retour de l’envie d’écrire, et la preuve que j’étais capable d’écrire un (petit) roman jusqu’au bout. J’ai participé à un concours de nouvelles entendu à la radio, pas gagné, puis écouté Alain Damasio parler en conférence.

C’était le début de 2015. Sur un coup de tête, j’ai imprimé ladite nouvelle qui n’avait pas gagné. Tout juste quatre pages. J’ai griffonné mon adresse e-mail et je lui ai demandé de la relire. Il m’a donné des conseils aussi : commencer par des nouvelles, des appels à texte d’éditeurs ou de magazines de science-fiction. Puis travailler à partir de là.

Un mois plus tard, il m’a envoyé un e-mail : il avait lu et commenté ma nouvelle. Mon premier bêta-lecteur, c’est Alain Damasio. Quand j’y pense, je souris et monsieur Imper se tortille dans tous les sens (mais comment as-tu OSÉ déranger ce grand monsieur?)

Mais là, quelque chose a changé : en voyant un auteur en chair et en os parler de son parcours, de sa vie d’écrivain, un véritable être humain et pas un auteur à succès qui vend tellement de millions que c’en est impossible, j’ai eu envie de devenir une artiste professionnelle.

J’ai eu envie de prendre mon art au sérieux, d’apprendre, d’écrire, de corriger, d’envoyer, de publier, de me présenter comme ça : “Salut, je m’appelle Florie, et je suis écrivaine.”

Une démarche professionnelle

À partir de ce moment-là, rien n’a changé dans ma vie. J’avais toujours un boulot à temps plein très prenant, un blog à côté et des projets d’écriture ici et là, dans les interstices de la vie.

Mais un élément fondamental s’était transformé dans mon état d’esprit : j’avais décidé de prendre mon art au sérieux. De l’aborder avec une démarche professionnelle.

Alors j’ai commencé à suivre des cours de narration, à lire des livres de dramaturgie, à me renseigner sur le milieu de l’édition de l’imaginaire. J’ai rejoint le forum de bêta-lecture Cocyclics et l’équipe de chroniqueurs du site Actu SF. J’ai écrit des nouvelles, que j’ai envoyées à des appels à texte, été rejetée un certain nombre de fois.

Puis en avril 2016, j’ai reçu mon premier oui. La nouvelle est sortie en août 2019, dans l’anthologie Dimension Merveilleux Scientifique V. Pour vous donner une idée de la dilatation du temps dans une carrière d’écrivain.

Le premier oui, c’est un peu comme le premier point final sur une histoire. Ça montre que c’est possible. Je suis capable d’écrire un texte suffisamment bon pour être retenu par un éditeur.

Entre temps, j’ai beaucoup progressé, notamment grâce à la bêta-lecture et l’entraide entre auteurs. Je découvre mon fonctionnement créatif, les genres littéraires que je préfère (du mystère et surtout, du positif !), les forces et faiblesses de ma plume.

À l’automne 2016, je quitte mon emploi pour me mettre à mon compte, reprendre ma liberté d’agenda et développer mes activités d’artiste indépendante.

Le voyage créatif

En parallèle, je partage toutes ces expériences sur mon blog, puis en podcast. Bientôt naît florieteller, l’alias jeu de mots anglophone entre Florie (mon prénom) et storyteller, qui signifie conteuse d’histoires.

Je commence à parler de mon cheminement, de simplicité, introspection et communication authentique en atelier, conférence et cours, soit pour des auteurs, soit pour des studios de jeu vidéo.

À l’automne 2018, après un atelier auprès d’auteurs et autrices de Cocyclics, ma Muse vient frapper, mais pas pour de la fiction cette fois-ci : elle se dit que ce serait pas mal de partager mon voyage créatif, les outils et ressources qui m’ont amenée ici.

Pour inspirer à mon tour, apporter une énergie optimiste et créative à qui s’y intéressera.

C’est comme ça que le voyage créatif est né. J’ai lancé une chaîne YouTube, ouvert un Patreon et au moment où j’écris ces lignes, je suis en train de préparer un guide complet et la boutique numérique qui va avec.

C’est une autre forme de partage, la même que ce qu’Elizabeth Gilbert a décidé de faire avec son livre Comme par magie, finalement. Comme quoi, on les retrouve, ces inspirations.

Artiste plurielle

Entre temps, j’ai aussi repris la poésie, commencée en 1994 et pratiquée joyeusement depuis plus de dix ans, notamment sous forme de poèmes courts à la japonaise (Haiku).

Je me suis lancée dans l’aquarelle, et je fourmille de projets autour de poèmes illustrés, d’essais sur la beauté ordinaire et d’œuvres d’art illustrées.

Je doute encore beaucoup de ma légitimité, à publier un roman complet à compte d’éditeur, à me qualifier d’artiste ou à vendre des conseils et services.

Mais j’ai apprivoisé monsieur Imper, après avoir compris qu’il ne s’en irait jamais. Et malgré la peur, les moments de doute et les difficultés, je me sens plus à ma place que jamais aujourd’hui. Même si j’ai encore beaucoup de chemin à parcourir…

Quitter les sentiers battus, porter son désir et oser s’affirmer à sa juste place seul(e), avant de recevoir la validation d’un éditeur et/ou d’un lectorat n’est pas chose facile. Mais ce sentiment de m’écouter, de suivre une voie juste et d’être à ma place n’a pas de prix.

J’espère que ce partage d’expérience a été intéressant à lire, peut-être qu’il vous inspirera un peu ou en tout cas apportera du grain à moudre dans votre réflexion de vie, que vous soyez artiste ou que votre juste place soit ailleurs. En attendant, merci infiniment d’avoir lu jusqu’au bout, et j’espère que vous passez une merveilleuse journée ou soirée !

6 Comments

  1. Fabienne P

    Bonjour,
    Bravo pour votre parcours très inspirant… et votre optimisme, que je partage.
    J’écoute régulièrement votre podcast “Les Bulles Nomades”, auquel je suis abonnée, et qui fourmille d’idées très intéressantes.
    Je vous souhaite bonne chance dans vos multiples activités artistiques.

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