La première fois que j’ai entendu parler du mouvement slow, c’était grâce au livre de Carl Honoré, Éloge de la lenteur. J’étais en pleine réflexion minimaliste à l’époque et je commençais à prendre le coup de main côté tri des objets. Je m’étais recentrée sur mes besoins et mes goûts, prenant alors conscience de l’influence que l’on subit dans notre manière de consommer.

En me recentrant sur ce qui m’était essentiel, j’avais réussi à m’installer dans un deux-pièces d’un peu plus de vingt mètres carré sur Paris sans manquer de rien dans mes (petits) placards.

C’était magique.

Alors que je n’avais que vingt-cinq ans, j’avais déjà réussi à m’encombrer les armoires et la cave. Et grâce au minimalisme, je me sentais libre. C’est là que je me suis demandé : que se passerait-il si je pratiquais la même sélection avec mon emploi du temps ?

C’est comme ça que j’ai commencé à m’intéresser au mouvement slow : trouver mon juste rythme, me demander avec intention comment je comptais passer mon temps libre et avec quelles activités remplir mon agenda.

Ces expérimentations-là aussi m’ont été d’une richesse incroyable. Entre 2012 et 2016, j’ai repris le violon puis le piano, recommencé à faire du jeu de rôles, repris la lecture, l’écriture et le dessin.

Le rôle des réseaux commerciaux.

Quand on s’intéresse à ce qui remplit notre agenda, la question des réseaux commerciaux arrive assez rapidement : entre les flux d’actualité, les vidéos YouTube et autres, on peut vite se retrouver avec un partie conséquente de notre temps libre le nez sur un écran.

D’après la fonction « temps d’écran » de mon téléphone, j’ai pu passer jusqu’à 5 heures par semaine rien que sur l’application Instagram, par exemple.

C’est donc tout naturellement que j’ai remis de l’intention dans ma consommation de réseaux commerciaux à l’époque où je me suis intéressée au slow pour la première fois.

Et ensuite, j’ai commis une erreur assez classique.

Je me suis crue immunisée face aux techniques des réseaux commerciaux pour nous inciter à revenir et rester sur leur app.

Mais ce n’est pas le cas.

Je pense que malheureusement, dans le monde moderne rempli de sollicitations et de techniques cognitives pour nous inciter à se comporter d’une certaine manière, on n’a jamais vraiment « fini » de porter notre attention sur notre consommation côté minimalisme, et sur notre emploi du temps côté slow.

C’est ce dont je me suis rendu compte cet été. J’ai donc décidé de revoir à nouveau, cinq ans plus tard, mes habitudes numériques.

Pourquoi maintenant ?

Trois points m’ont fait personnellement réagir cette année :

Petit un : avec le confinement entre mars et mai, j’ai pris de mauvaises habitudes qui se sont poursuivies dans l’été : suivre les fils Twitter dès que j’ai les mains libres, regarder des vidéos YouTube à la chaîne au lit avant de dormir…

Petit deux : plusieurs polémiques ont éclaté sur Twitter cet été dans le cercle littéraire de l’imaginaire, avec des échanges parfois violents et des mouvements de groupe à l’encontre d’une personne. Ce n’est pas le genre d’énergie que je souhaite inviter dans ma vie.

Petit trois : en faisant le point de mon opération porte-monnaie zippé, j’ai pris conscience que l’immense majorité de mes achats, autorisés ou non dans mon opération, venaient de publicités Instagram (merci l’efficacité du ciblage algorithmique…)

Début août, j’ai donc décidé de profiter de cette période calme de pré-rentrée pour creuser en profondeur mes habitudes numériques.

Choisir où diriger notre énergie.

La première chose que j’ai faite, c’est un état des lieux : quelles sont mes habitudes numériques ? Sans chercher à les changer, j’ai mesuré, à la louche, le temps que je passais sur les différents réseaux, et ce qu’ils m’apportaient.

Je vous avoue que les chiffres que j’ai sortis m’ont fait peur. Moi qui me plains de ne pas trouver une heure par jour pour avancer mon roman de science-fantasy, je suis arrivée à près de six heures par semaine sur instagram et twitter, sans compter Discord, que je consulte depuis mon ordinateur.

Il fallait faire quelque chose. Parce que ces six heures-là, je préfèrerais les consacrer à ce qui compte pour moi : écrire, dessiner, appeler ma famille…

La peur de lâcher prise.

À la suite de cet état des lieux, j’ai décidé de désinstaller Twitter de mon téléphone et de limiter drastiquement ma consultation d’Instagram.

Et ma première réaction à cette décision, pour être honnête avec vous, ce fut non pas le soulagement, mais une peur panique.

Et si je rate une information importante ? Si ça m’éloigne de tous mes amis, réels et virtuels ? Si ça compromettait ma carrière d’artiste de ne pas être active avec mon audience en permanence ? Si cela affectait ma capacité à être vue et trouvée, et donc de transmettre mes valeurs de slow, créativité et optimisme ?

Les compagnies qui tiennent ces réseaux ont vraiment fait du bon travail, aussi bien côté personnel que pour les professionnels, pour nous faire croire qu’ils nous sont indispensables au lien humain et au business.

Alors, j’ai utilisée une question, empruntée à Byron Katie, qui m’aide beaucoup face à ce genre de situation : « Est-ce vraiment vrai? »

La vie en retrait des réseaux commerciaux.

En faisant mes recherches, j’ai découvert des personnes qui pratiquent le minimalisme numérique : par exemple, Alexandra Franzen a totalement quitté les réseaux commerciaux il y a 5 ans, et pourtant, ses offres se vendent et sa carrière d’écrivaine et de conseillère marketing fleurit.

Des figures du minimalisme ou du slow comme Matt d’Avella utilisent leur temps avec intention, pourtant leur message est vu.

Sans aller jusqu’à effacer tous mes comptes, voir ces alternatives m’a montré que non, ce n’est pas vraiment vrai que sans les réseaux commerciaux, nous finiront seuls, sans amis et sans audience.

Par exemple, en jetant un œil à mes statistiques (une chose que je ne fais jamais, parce que ce n’est pas ce qui compte, et ça réveille la perfectionniste en moi qui recherche le 20/20), j’ai pris conscience que finalement, la plupart d’entre vous m’avez connue via le podcast, Bulles Nomades, et qu’entre ça, ce site et les newsletters, je peux rester en contact avec vous sans m’infliger la négativité de Twitter ou les tentations d’achat d’Instagram.

Quelles valeurs souhaitez-vous incarner ?

Au lieu de simplement changer mes habitudes liées aux réseaux commerciaux (par exemple, interdire YouTube au lit après 21h ou désinstaller Twitter de mon téléphone), comme je l’avais fait il y a cinq ans, cette fois-ci, j’ai décidé d’aller plus loin.

J’ai décidé de me demander : quelles valeurs sont importantes pour moi, et comment aborder les réseaux commerciaux de manière alignée avec ces valeurs ?

Il s’agit de décider, avec intention, quel rapport je souhaite avoir aux réseaux commerciaux.

Mes valeurs.

Pour vous donner une idée, voici les valeurs que je souhaite incarner, à la fois quand je consulte les réseaux et quand je crée du contenu dessus. Bien entendu, je ne vous suggère pas de suivre mes valeurs – à vous de trouver les vôtres. Mais je vous partage le fruit de mes réflexions à titre d’exemple, si jamais ça peut rendre la réflexion plus concrète.

La première chose, c’est que je préfère consommer un contenu plus profond, réfléchi, articulé, de qualité.

Par exemple, je préfère les dossiers de fond aux nouvelles rassemblées à la va-vite pour coller avec la tendance (et j’apprécie encore moins les résumés fallacieux en 280 caractères). J’ai envie d’appliquer l’idée de qualité plutôt que quantité, l’idée de sélection, à ma manière de consommer l’information sur Internet.

J’ai envie de prendre le temps de réfléchir, d’articuler ma pensée autour d’un sujet, de lire, écouter ou voir du contenu qui m’incite à la pensée critique et à me construire une opinion, plutôt que du prêt-à-penser.

La deuxième chose, c’est que j’en ai marre d’être menée par le bout du nez par les algorithmes.

La plupart des flux sont gérés par des algorithmes aujourd’hui. Même Twitter s’y est mis. Peu importe à qui nous sommes abonné.e.s finalement : en fonction des contenus sur lesquels nous cliquons, ceux qui nous font réagir, commenter etc. vont alimenter l’algorithme qui va ensuite penser à notre place et nous servir du contenu sur un plateau.

Et bien ce filtre algorithmique du lien humain me gonfle. Déjà, parce que je n’aime pas perdre le contrôle sur ce que je consomme. Ensuite, parce que les conséquences de ce fonctionnement ne me conviennent pas.

Par exemple, ce sont ces algorithmes qui amènent les tweets controversés à être mis en avant (parce qu’ils font réagir !), ce qui, par voie de conséquence, incite les utilisateurices qui souhaitent être vues à publier des tweets controversés.

Ce qui nous amène à ce que Twitter est devenu aujourd’hui : une gigantesque taverne où tout le monde crie et se balance des bouteilles de bière vides en oubliant que derrière le clavier, ce sont des êtres humains.

Un autre exemple, c’est sur Instagram, où les algorithmes monétisent le lien humain : puisque l’achat de publicités est plus abordable que sur d’autres plateformes, cela permet à des artisans, des petites marques et autres artistes d’acheter de la publicité. En apparence, pourquoi pas. Personnellement, je suis pour soutenir les petits commerce et les marques indépendantes.

Mais pourquoi payer ? S’il s’agissait réellement d’un réseau social et communautaire, des gens comme moi, qui suis artiste indépendante, pourraient montrer leurs créations à des gens potentiellement intéressés sans avoir à payer de la pub pour ça.

Donc, en tant qu’utilisatrice, j’ai envie de reprendre le contrôle sur le contenu que je vois et consomme. Je ne veux plus laisser l’algorithme décider à ma place.

Les évolutions concrètes.

À titre d’exemple, voici un aperçu des changements que j’ai installés début septembre 2020.

Ma décision principale a été de reprendre le contrôle sur la manière dont je consomme l’information en tant qu’utilisatrice, et comment je la délivre en tant qu’artiste.

J’ai fait le tri dans mes flux de podcast (j’utilise l’application PocketCasts pour écouter mes podcasts, si ça vous intéresse) et dans mes abonnements YouTube.

Sur YouTube, je ne vais que sur l’onglet « abonnements ».

J’ai ressuscité mon flux rss pour lire les articles écrits issus de sites de mon choix (au lieu d’espérer avoir l’info via les réseaux commerciaux des auteurices de ces sites). J’utilise Feedly, si ça vous intéresse.

J’ai décidé de favoriser les contenus plus longs, qualitatifs et réfléchis – au lieu de descendre le flux Twitter après manger avec le thé, je lis un article de blog, par exemple.

Idem en tant que créatrice : je focalise l’essentiel de mon énergie à créer ces articles, les podcasts et les vidéos pour vous, et mes flux de réseaux commerciaux sont essentiellement des publications prévues à l’avance pour vous partager les liens vers ces contenus.

J’ai simplement gardé Instagram comme lieu créatif de partage de photos.

Cela étant, la meilleure manière d’interagir avec moi est de laisser un commentaire sous les articles ici, ou bien de me contacter par e-mail. C’est plus long et plus lent que les messages de réseaux commerciaux (j’avoue que je mets parfois un certain temps à répondre aux mails, justement parce que je veux y consacrer toute mon attention), mais je trouve l’interaction plus qualitative qu’un simple  « like » sur un réseau.

Enfin, si vous aussi vous décidez de vous affranchir, autant que possible, des algorithmes, je vous invite à utiliser davantage les newsletters ! Je me suis abonnée aux newsletters des artistes, marques et sites que j’apprécie pour être sûre de recevoir les informations importantes directement dans ma boîte mail plutôt que d’espérer que l’algorithme daigne me montrer la publication.

C’est aussi pour ça que je consacre de l’énergie à concocter la lettre créative et optimiste du dimanche matin pour vous chaque semaine : pour vous laisser cette même option. Chaque semaine, je vous partage un petit essai, une réflexion sur un sujet ou une inspiration, les informations importantes qui pourraient vous intéresser (il n’y en a pas toutes les semaines, loin de là) et la liste des contenus publiés dans la semaine.

Comme ça, vous ne manquez rien, et sans algorithme. J’ai un peu créé la newsletter idéale que j’aimerais recevoir de la part des personnes dont j’apprécie le contenu, finalement. Si vous souhaitez vous inscrire, le formulaire est en pas de la page ou les explications plus détaillées sont sur cette page.

Toutes ces réflexions sont encore en chantier, et on ne se débarrasse pas des mauvais réflexes numériques en quelques semaines, mais je suis déterminée à reprendre le contrôle de mon temps, mon attention et mon énergie.

Et vous, avez-vous réfléchi consciemment à votre rapport aux réseaux commerciaux ? Avez-vous décidé de faire quelques changements ?

En attendant, merci infiniment de m’avoir lue jusqu’au bout ! Mes chers êtres humains, je vous souhaite une belle journée, une excellente soirée, et à la prochaine.

5 Comments on “Minimalisme numérique.”

  1. J’ai aussi connu ce moment de panique en quittant Twitter, je t’avoue. Cette peur de perdre des clients, de passer à côté de contacts intéressants, d’infos utiles. J’ai vite compris que c’était une peur infondée 🙂
    Merci pour cet article inspirant, j’y pioche aussi quelques idées.

    • Merci à toi pour ton petit mot 🙂 Effectivement on se rend vite compte que cette “peur de manquer un truc important” est infondée, ça soulage beaucoup ^^

  2. Je me retrouve bien dans ton article. La désinstallation des applis du téléphone est vraiment ce qui fonctionne le mieux sinon c’est tellement trop facile de retomber dans ses travers ! Pour youtube j’ai l’application NewPipe. On peut également s’abonner au flux RSS d’une chaîne et lire directement la vidéo dans un lecteur de flux (je ne sais pas si Feedly le permet).

    • Oh je ne savais pas pour l’abonnement au flux d’une chaîne YouTube, merci pour l’astuce 🙂

  3. Pingback: Minimalisme et réseaux sociaux | BN137 – Florie Vine

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